...Textes divers...

(de notre compositon bien sûr !)

 

 

... Sur la Liberté ...

 

Une rêverie autour d'un vers de notre immense poète André Breton, « Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui »…

 

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Et quand là-bas, il ferait chaud d’un cœur de flamme. Et quand là-bas, il ferait clair d’un cœur de roche, d’un cœur beau, d’un cœur vainqueur. Et quand là-bas… Car elle commence là où finit celle des autres, car c’est un principe, et l’on ne badine pas avec les principes ! Lorsqu’elle nous manque, on la cherche. Lorsqu’on la trouve, on l’esquive. Lorsqu’on la hèle, on s’en cache. Lorsqu’on l’empoigne, on la brise. Lorsqu’on la pleure, on s’en détourne. Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Comment en user avec toi, mon amour, sans mésuser de toi. Comment te désirer sans faire de toi mon objet de désir. Comment prendre ma place et même un peu plus dans ton coeur sans occuper la tienne dans l’infini. Comment peser dans ta vie sans être un poids pour toi. Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Est-elle anguille ou hérisson, est-elle arôme ou illusion, est-elle feu, neige, vapeur ou papier froissé, est-elle astreinte ou direction, est-elle envie, pulsion ou mécanique, est-elle aïeule ou jeunette, ancienne ou d’avant-garde, explosive ou intérieure. Mais, mon amour, je te pose la question : est-ce vraiment un principe...

 

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Elle me rassure et elle m’encombre. Je la convoite et elle m’effraie. Je la cultive et je l’enferme. Je l’étouffe en la protégeant. Je la sclérose en l’inventant. Et je la perds en la philosophant. Je m’enorgueillis d’en être adepte, moi qui n’ai pas de religion. Je la vénère par-dessus tout, moi qui me dis sans maître. J’en suis épris, mon amour, comment pour autant ne pas t’être infidèle. Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Et quand là-bas il ferait doux comme un pinson charmeur. Et quand là-bas il perlerait des homélies précieuses. Et quand là-bas l’imaginaire aurait éclos sans but, pour le simple bonheur de respirer le même air qu’un scarabée. Et quand là-bas les regards se frôleraient sans fièvre ni limite. Et quand là-bas deux amoureux auraient la même chevelure. Et quand là-bas la mansuétude serait la règle la plus rigide. Et quand là-bas le verre serait plein et vide dans le même temps. Et quand là-bas elle serait belle comme un halo de lune. Et quand là-bas son regard aurait la couleur d’un chant d’amour. Et quand là-bas le geste et la parole seraient vraiment, mais vraiment en accord, aussi incongru que cela puisse paraître ici-bas. Et quand là-bas deux hommes pourraient se sentir frères.

 

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Mais mon amour, je te demande, est-ce un principe ou un espoir. Est-ce un paradigme, une illusion, un quant-à-soi philosophique, une arithmétique mentale, une course à l’échalote, une chasse au dahut, un empire de fantasmes, une soupe de sorcière, un Bourgogne qui pique, un pli sur le front, un tic au coin de l’œil, ou est-ce un réconfort, une chaleur latente, une certitude d’avenir, une force à l’affût, une joie qui bondit, un sourire qui se déroule et enclot les ténèbres. Oui, mon amour, je te demande, est-ce un principe ou un espoir. Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Lorsque le doute touche à l’abstrait, lorsque l’homme pose les armes, lorsque la lumière d’une éclaircie encombre les discours stériles, qu’un masque sordide se met à rire et à aimer, qu’une tumeur accouche d’un bouquet de roses, que deux enfants s’épousent pour l’éternité, que le chat du Chester montre la voie aux égarés. Lorsqu’une impasse s’ouvre au point du jour, je te demande, mon amour, est-ce un principe ou un espoir, je te demande, est-ce un théorème ou un lit de plumes pour mon cœur écorché, est-ce un savant montage ou une épaule sur laquelle poser mon désarroi, est-ce une leçon de morale ou l’ombre de ton âme qui vient adoucir la flamme d’un soleil trop proche, je te demande, mon amour, est-ce un principe ou un espoir.

 

Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur, il ferait libre, oui… Ne serait-ce qu’un jeu de mains frôlant l’inaltérable, pour peu que ce soient les tiennes, pour peu que ce soit ton geste et la vérité que tu y déposes, ta volonté, ta conscience, en tant qu'aube de l’univers fantastique de ta peau caressant l’air, de tes doigts modelant l’invisible et l’obscur, tes doigts créant dans le vent la statue de lumière, idéale et sonore, pour peu que ce soit ta folie qui s’imprime dans l’espace et y répercute sa grâce au-delà même des limites de l’infini. Repose-toi, mon amour, repose-toi après cet effort de noblesse, d’enfantement, repose-toi dans le cocon de ta splendeur. Tu as créé l’espace, la respiration, la couleur du temps, tu as forgé le destin d’un monde qui s’étire, tu t’es créée toi-même, ta joie et ta peine, ton visage d’enfant et tes cheveux blancs. Repose-toi dans le cocon de ton éclat, car désormais ta vie ne tient plus qu’au fil du temps présent. Tu danses sur le trou noir de l’origine des mondes et ton esprit déjà a conçu l’inconnu. Et quand là-bas il fait mieux que meilleur, il fait libre, oui… Merci à toi, Liberté.

 

Extrait de "Mémoires d'Atlantide".
Arundhati et Vasistha.
Editions Entre-Deux-Mondes.

 

 

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comme dans l'immobile...

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